jeudi 29 août 2013

Éducation humaine et déterminisme social. ( à revoir)


L'éducation explicite au sens des sciences humaines et morales est inséparable de l'évolution biologique. L'un ne l'emporte pas sur l'autre mais l'un est l'expression de l'autre. 

De 0 à 7 ans, un humain produit entre 1 à 2 millions de synapses par jour.

Il organise la gestion de ses cinq sens: la vue, l'ouïe, le toucher, le goût et  l'odorat. Il apprend peu à peu à être autonome dans la quête de ses ressources de vie et de ses ressources de reproduction. Mais il le fait dans un contexte général précis. Si nous possédions des outils sophistiqués pour noter le rôle de chaque synapse, nous aurions la totalité du parcours physico-géographique qu'il a réalisé et, comme il ne peut y avoir qu'un corps en un même point géographique à un moment donné, tous ces parcours sont originaux. On aurait également tous les contacts humains avec leur durée et leur contenu. On pourrait appeler cela la traçabilité éthologique. 

On peut utiliser ici l'image d'une immeuble en construction. Le plan, c'est l'ADN. La construction commence au moment T0 où il n'y a rien à l'endroit où il va se dresser. Dans un premier temps, il y a les parois. Puis tous les réseaux et un jour tout le personnel. Avec cette différence notable: la tour est passive alors que l'humain - comme tous les vivants - est actif dès la fusion de la cellule femelle avec la cellule mâle. Selon que cette fusion se réalise chez un humain ou un non humain, cela donne un vivant d'une espèce particulière.

Si cette fusion a lieu il y a trois millions d'années, nous obtenons un australopithèque qui ressemble à Lucy. Si cette fusion se fait dans une famille européenne aisée et cultivée, nous obtenons, peut-être, un de ces grands musiciens connus d'un grand nombre de personnes. Si cette fusion a lieu chez les Dogons ou dans une famille de mineurs, l'un sera peut-être un malien chamaniste et l'autre, un futur silicosé.

C'est ce que l'on appelle le hasard au sens évolutionniste du terme. Un futur musicien n'a pas choisi de naître chez Léopold Mozart, un danseur Dogon d'apparaître au Mali ou un mineur de se battre contre le charbon pendant 25 ans.

Lucy - Muzeum Ewolucji - Warszawa



Pourquoi alors les humains pensent-ils que chacun a choisi son sort et qu'il en est responsable? 

Dès la fusion des deux cellules sexuelles femelle et mâle puis pendant toute sa vie, chaque vivant se sert dans son environnement des ressources de vie et des ressources de reproduction dont il a besoin. Mais il y a concurrence depuis la plus légère - un groupe d'humains se trouve dans une forêt pleine de champignons - à la plus cruelle - un avion s'est écrasé dans les Andes et il n'y a plus rien à manger. Chez les animaux non sociaux, il y a souvent des combats. Chez l'humain, animal social et possesseur de mains, il y a le travail. Dans le travail, il y a les dirigeants, les organisateurs et les opérateurs. Dans le travail il y a la phase de distribution de la contribution à la quête des ressources de vie puis la phase de rétribution de la contribution de chacun. Il y a alors une hiérarchie des rétributions. Le travail c'est à dire la socialisation de la quête des ressources de vie a pour résultat de satisfaire chacun: le musicien est content de l'être, le Dogon aussi et le mineur également. Mais les dirigeants s'estiment supérieurs aux organisateurs et aux opérateurs. Les organisateurs également par rapport aux opérateurs. Et les opérateurs n'y pensent pas car ils ne vivent qu'aux milieux de leurs semblables et qu'ils s'y rencontrent en outre d'autres hiérarchies. Les humains appartiennent à de nombreux groupes et dans chacun on retrouve ce triplet signalé plus haut.

Mais l'importance du plan ADN et la centaine de milliards de cellules cérébrales et de synapses ne permettent pas de raisonner en termes de déterminisme tel que nous le connaissons. Par contre à l'échelle de la traçabilité éthologique que nous avons signalé plus haut, il y a déterminisme. 


Conclusion.

Le débat nature/culture ou matérialisme/idéalisme ne convient pas pour ce sujet. 

L'humain qui produit 1 à 2 millions de synapses à la seconde "imprime" dans son cerveau le comportements des adultes dans toutes les situations qui existent à chaque seconde de sa vie. Il n'imprime que ce qu'il rencontre. Les écrits et les paroles occupent peu de place tout comme l"éducation" au sens où nous l'entendons habituellement.

Les premières rencontres et situations en deviennent les fondations un peu à la manière des premières briques d'une maison. C'est pour cette raison que plus on remonte vers la naissance plus ce que vit un humain est important pour son avenir.

Plus généralement, sans tomber dans un biologisme réducteur, nous ne pouvons nier que tout ce que pense, sent ou fait un humain a un support matériel. Lorsque la maladie d'Alzheimer efface une partie de la mémoire d'une personne, c'est également une partie de son être qui est effacée, pour elle, définivement. 

C'est pour cette raison que l'éthologie modifie le "je pense donc je suis" que nous avons appris à l'école en "la matière pense donc le vivant pense donc l'humain pense". Sans oublier que l'humain pense humain et qu'il est seul à penser humain.

Le jour où nous aurons les outils pour noter le rôle de chaque synapse et de chaque cellule nerveuse, cela se vérifiera. Nous n'avons découvert l'ADN que dans les années 1950. 


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