Éthologie
Les trois arguments de Francis Hallé contre Jared Diamond: manque l'essentiel, la technologie et l'éthologie.
Dans "La condition tropicale", Francis Hallé passe en revue les arguments de Jared Diamond qui cherche à répondre à la question de Yali :
De cette manière, il transforme cette œuvre en introduction à la sienne. Yali est un tropical soumis à la condition tropicale telle que la décrit F. Hallé et, pour lui, J. Diamond répond à côté. Voici les arguments qu'il rejette
Argument 1: L'inégale répartition des espèces de plantes et d'animaux susceptibles, au cours de la préhistoire, d'avoir fait l'objet de domestication. ( p 315)
Argument 2: Les axes d'allongements des continents ( p 317)
Argument 3: Inégalités liées aux maladies contagieuses ( p 319)
Ces trois arguments sont anecdotiques et ne répondent pas à la problématique générale qui concernent les 108 milliards de sapiens qui ont vécu et vivent sur cette planète depuis 60 000 ans.
La question de Yali qui ouvre le livre est secondaire et la véritable question est celle-ci qui ne figure pas telle quelle mais à laquelle Guns, Germs and Steel répond sur le fond: pourquoi c'est Pizarre qui massacre Atahualpa en 1537 à Cajamarca et non le Grand Inca qui sème la panique à Madrid à cette même date?
La réponse est simple.
Atahualpa comme Pizarre descend des sapiens qui sont sortis selon Spencer Wells il y a 60 000 ans environ d'Afrique et qui se sont répandu sur tous les continents. Par leurs origines, ils étaient égaux. C'est l'histoire et les conditions de leur cheminement qui les a rendu inégaux. En Eurasie, il y a des métaux affleurants. C'est la base de la révolution industrielle qui commence non pas à la Renaissance ou un peu avant mais 1500 ans avant JC avec ce que l'on appelle l'âge du bronze puis l'age du fer. Aux Amériques, rien de tel. L'agriculture a été découverte comme partout ailleurs mais tous les habitants restent à l'ère précédente, la révolution néolithique.
Et puis cette affaire du cheval qui paraît si secondaire à F. Hallé est fondamentale. Le cheval existait aux Amériques mais il a disparu avant l'arrivée des humains, vers 15 000 ans. Par contre, en Eurasie, notamment en Ukraine, les sapiens l'ont domestiqué vers 4000 avant notre ère. Et ce sont les Espagnols qui le réintroduisent dans le continent qu'ils "découvrent".
Que peut faire un peuple avec des haches en pierre et des javelots en bois, à pied contre une armée de cavaliers caparaçonnés munis d'arquebuses, d'épées et de lance en métal.
C'est la technologie du fer qui l'emporte sur celle de la pierre.
Cette vision éthologique a aussi l'intérêt de remettre en question une bonne partie de l'histoire de toutes les inégalités humaines notamment en ce qui nous concerne, l'histoire des esclavage, des "découvertes", des différentes "colonisations" et de la lente disparition de ces différences à notre époque. Il reste encore quelques pays "sous-développés" pour alimenter cette littérature bien peu scientifique et certainement non humaniste car elle ne part jamais du postulat premier: tous les humains sont égaux et frères dans leur essence.Que l'éthologie est heureuse de prolonger à tous les vivants.
En conclusion, revenons aux désaccords:
Argument 1: L'inégale répartition des espèces de plantes et d'animaux susceptibles, au cours de la préhistoire, d'avoir fait l'objet de domestication. ( p 315)
Comme on l'aura lu dans cet article, l'inégale répartition concerne essentiellement l'absence d'animaux de combat tel que le cheval et d'animaux de trait comme le bœuf.
Argument 2: Les axes d'allongements des continents ( p 317)
Tout a sa mise en valeur de la tropicalité, F. Hallé oublie que les pays les plus puissants aujourd'hui sont tous d'origine eurasienne et qu'il est plus facile de suivre les latitudes que les longitudes quand des pays se développent ou se conquièrent mutuellement. Ce serait l'une des explications de la prééminence actuelle des eurasiens. Mais rien n'est inexorable. La tropicalité peut devenir en cette période de manque d'énergie et de surconsommation chez les anciens Eurasiens, un havre de développement pour ses habitants actuels. Dans les siècles futurs.
C'est l'une des causes de la disparition des Indiens d'Amérique du Sud, mais non la principale. C'est un sous argument. Car la véritable cause, c'est la faiblesse de la technologie de l'âge de pierre des Incas contre la technologie de l'âge du fer des Espagnols.
Jared Diamond insiste pourtant dans le titre de son oeuvre " Guns (les fusils), Germs ( les maladies contagieuses) and Steel ( le fer)". Mais M. Gallimard a traduit cela par "Origine des Inégalités ..." lui donnant un petit côté rouseauiste et humaniste alors que nous sommes dans une révolution de la pensée darwinienne. Et notre botaniste en est resté au Darwin du XIX° siècle.
