Éloge de la plante 2014
La Condition tropicale. Une histoire naturelle, économique et sociale des basses latitudes, Actes Sud, 2010
Éthologie
Francis Hallé est un botaniste et c'est parce la botanique est toujours traitée par des zoologues que nous la considérons comme un sous ensemble de la zoologie alors qu'il n'en est rien. Mille merci à Francis Hallé. Il y a bien deux règnes principaux des vivants: les plantes et les animaux. Il faut lire lentement et apprendre par cœur ce livre, "l’Éloge de la plante".
Hélas, Francis Hallé sort parfois de la botanique. Il est bien obligé car dans "la condition tropicale", il souhaite parler de tous les vivants et critiquer le Jared Diamond de Guns, Germs and Steel à qui "il a fallu posséder des compétences dans un très grand nombre de disciplines: géographie, écologie, génétique, biologie moléculaire, archéologie, linguistique, etc..." (p 315). Il faudrait y ajouter la chronologie de l'évolution et ses ressorts. Compétences que Francis Hallé s'est bien gardé d'acquérir car chacun sait que les Pic de la Mirandole qui osent sortir d'un domaine de connaissances sont traités comme des gens ridicules.
Rapidement ce savant se prend les pieds dans le plat de l'anachronisme. Il dit:" Puisque l'être humain est originaire des tropiques mais qu'à ces latitudes où les pathogènes ont leur diversité maximale il est difficile de vivre en bonne santé. Faut-il y voir la raison qui a conduit nos ancêtres à quitter l'Afrique pour migrer vers les latitudes moyennes? L'idée n'est pas neuve: s'élever en latitude et accéder ainsi à des climats à hivers froids, conduirait à une véritable libération sur le plan sanitaire.".
C'est une position erronée car elle accorde de la volonté et de la conscience humaines à un groupe d'humains. Tous nos ancêtres n'ont pas quitté l'Afrique. La preuve c'est qu'en 2050, les habitants de ce continent représenteront le quart de l'humanité. Et l'évolution d'un groupe humain et son cheminement ne se font pas lors d'une discussion autour du feu. Il y a des humains qui partent dans un sens et d'autres dans un autre. Et, immédiatement ou très longtemps après, ils trouvent l'occasion de se développer ou de mourir. Voilà ce que c'est que de ne pas connaître l'évolution humaine.
Mais les plus graves erreurs sont encore devant nous.
Les humains ont quitté l'Afrique il y a 60 000 ans bien avant la révolution industrielle qui débute avec l'age du fer autour de 1500 avant notre ère, au moment où les sapiens ont atteint les principaux lieux de peuplement qui sont encore aujourd'hui les lieux les plus populeux sur l'ensemble de la Terre. Mais 1500 ans avant notre ère marque le début du décrochage technologique de toutes les terres non eurasiennes: l'Afrique, les Amériques et l'Australie ne possèdent pas de fer et d'autres métaux affleurants et exploitables en ces temps là alors qu'il y en a dans toute l'Eursaie. C'est pour cette raison que la 15 novembre 1532 , ce n'est pas Atahualpa qui attaque victorieusement Madrid mais Pizarre qui, à Cajamarca, lui vole tout son or et ses bijoux avant de le bruler sur un bucher aidé de 168 soudards espagnols seulement. Atahualpa était encore à l'âge technologique de la pierre. Ni sa sagesse ni son intelligence ou son courage n'y purent rien contre les chevaux caparaçonnés, les arquebuses, les lances et les lames.
Le botaniste continue à ferrailler contre Diamond. Qu'est-ce-que c'est que cette billevesée du cheval que n'aurait pas connu les amérindiens et que Pizarre commença à y implanter? se dit-il. Le cheval de 1532 c'est comme l'avion de 2011. Le cheval a été domestiqué 4 000 ans avant notre ère et il a permis à des millions d'envahisseurs et de commerçants de sillonner l'Eurasie et d'apporter par la paix et la guerre, le progrès et l'expansion des états. Aujourd'hui, les avions jouent le même rôle et ceux qui n'en ont pas peuvent se faire du souci pour leur avenir. On ne peut reprocher aux Amérindiens de n'avoir trouvé dans leur environnement que des petits camélidés: lamas, alpacas mais pas de chevaux. Si l'Eurasie n'avait pas connu le cheval, elle eut ressemblé aux oligarchies précolombiennes mais avec la technologie du fer.
En conclusion, le botaniste qui nous avait séduit par ses compétences pour faire l'éloge de la plante, échoue dans l'éloge de la tropicalité car la botanique ne suffit pas. Et quand on sort de la science, on entre dans des considérations évasives et inexactes.
Dans les 60 000 dernières années des humains, il n'y a ni déterminisme inhumain ni déterminisme racial mais développement des sapiens que nous aide à comprendre l'évolution du vivant et l'éthologie du vivant appliquée aux humains.
En conclusion, il manque l'évolution et une bonne compréhension de la différence entre les plantes et les animaux
Francis Hallé a découvert que les plantes sous les tropiques étaient très différentes et bien plus nombreuses que sous les autres latitudes. Il en fait une étude comparative très fouillée mais qui ne concerne que celles qu'il a rencontré, celles qui existent de nos jours. Comme le sujet est assez vaste pour occuper une vie de botaniste, il ne trouve pas nécessaire de se préoccuper de ce qui s'est passé depuis 1 milliard d'années, au moins. Il a même oublié la dérive des continents, les multiples glaciations et réchauffements ainsi que les modifications de l'environnement atmosphérique qui ont concerné les plantes.
Et quand il passe aux humains, il commet la même erreur que les zoologistes commettent quand ils passent à la botanique, il se trompe d'objet. On peut ne pas s'intéresser à l'évolution des plantes car ce n'est pas, dans un premier temps, une erreur rédhibitoire. Par contre pour les vivants, et les humains, sujet qui le passionne dans ce livre, l'augmentation du cerveau, l'appropriation des outils et des ressources vivantes et non vivantes puis la lente expansion sur toute la Terre qui se termine par l'actuel explosion démographique ne sont pas prises en compte.
D'où son incompréhension des travaux de Jared Diamond, sa cécité évolutive et sa capacité à inventer un conte à dormir debout qui plaira à Actes Sud car, en France, Darwin n'a toujours pas été compris ni digéré. A chaque fois que l'auteur s'aventure ailleurs que dans la botanique, il demande pardon pour ses futures erreurs: "je ne suis qu'un botaniste" ne cesse-t-il de répéter. Bien sûr, Actes Sud lui pardonne puisqu'il a résisté victorieusement "au déterminisme" et préservé "notre liberté individuelle". Mais c'est un conte qu'il a écrit.
Car Francis Hallé n'a pas su faire la différence entre la plante et l'animal. La plante est autotrophe, c'est à dire que - pour faire court - elle capte son énergie du soleil là où elle est et elle se nourrit des oligoéléments et de l'eau là où elle est. Elle n'a pas besoin de la mobilité. Certes il met en valeur ces qualités fondamentale et, pour ce qui est des arbres, leur longévité immensément supérieure aux animaux qui se compte, parfois, en milliers d'années.
Les animaux sont hétérotrophes. Ils ne captent l'énergie solaire et les nourritures terrestres qu'en dévorant plantes et autres animaux. Ils doivent donc se déplacer. C'est le cerveau qui le leur permet. Au fur et à mesure où les ressources de vie se complexifient - courir après une pomme est chose facile mais courir après une antilope, seuls les félins s'y aventurent - il faut un cerveau de plus en plus important. Le jour où un mammifère monte aux arbres, il doit apprendre l'équilibre, l'agilité, la subtilité, la prévision ( gare aux branches cassées, bien attraper la prochaine liane), son cerveau enfle et ses mains se spécialisent. Vient le moment où il en descend, il fait des outils puis construit des empires et son cerveau atteint 1400g. Sans l'évolution, il n'y a pas de compréhension des animaux. Francis Hallé a deviné que l'animal n'est pas supérieur à la plante ( donc l'homme non plus) mais il n'a pas su le démontrer en parlant des animaux... Il n'est que botaniste. Trop facile!

