Éthologie humaine: de l'informel au formel, de l'ADN à l'éthologie
Chaque humain commence à vivre au moment où une cellule haploïde femelle rencontre une cellule haploïde mâle. Pour les graines des plantes tant qu'il n'y a pas eu un déclenchement comme pour la conception de tous les autres animaux, les cellules sont en latence alors que dès que la première cellule diploïde a été conçu, tout le processus de vie se met en branle de manière continue jusqu'à son instant final, la mort. On ne peut pas dire qu'il y ait un moment plus important que l'autre même si l'on peut définir plusieurs étapes: l'apparition, les quêtes permanentes de ressources de reproduction et de vie conception et la disparitions.
Entre la conception et la naissance, le première cellule diploïde se déploie en un corps viable appartenant à une espèce donnée. Ce sont surtout les conditions biologiques qui entre en jeu. Le vivant sera-t-il normal ou non suite à la présence ou non d''accidents génétiques et selon l'état du corps réceptacle où il se trouve. Il peut donc y avoir apparition d'inégalités entre les humains: Le chromosome 21 sera-t-il trisomique ou le corps réceptacle est-il en mauvaise santé à cause de maladies graves, d'alcoolisme ou de prises de médicaments tératologiques? Le vivant risque de naître avec des défauts physiques ou mentaux plus ou moins importants.
Il y a par contre du point de vue éthologique un moment important, l'éclosion de l’œuf. Le bébé peut ne pas avoir de famille, ou bien sa famille peut-être en crise ou bien la famille est dite normale mais avec selon une économie particulière: accueil favorable, indifférence ou rejet de l'enfant. Il peut naître dans une famille misérable, pauvre, aisé ou très aisé. Il y a 220 pays différents et chacun lui donne sa langue et sa culture.
Le bébé a faim et il pleure: c'est sa manière de rechercher ses ressources de vie. La famille peut anticiper la demande, attendre la demande, la comprendre, ne pas la comprendre ou la nier. Toutes ces variations vont s'enregistrer dans son cerveau lors de la création des synapses de ce petit humain et structurer sa personnalité. Ces situations simples sont très nombreuses et elles correspondent à la personnalité des nourriciers et aux interactions entre eux. Mais le quête de ressources de vie ne se cantonne pas seulement à la nourriture et aux relations complexes qu'elles créent dans le cerveau du bébé. Dans les premiers jours, il dort et dine. Puis peu à peu ses plages d'éveils s'allongent et il s'y passe un grand nombre d'évènements.
Quelle différence faisons-nous entre la personnalité qui s'élabore et l'éthologie? Nous avons l'impression d'être capable de définir ce qu'est la personnalité. Ce serait de la psychologie et les livres qui en parlent sont très nombreux.Un premier constat est à faire: personne n'a lu et encore moins assimiler la psychologie des 7 milliards d'humains. Il y a des sous domaines telle que la psychanalyse mais outre le grand nombre d'écoles qui chacune apporte une théorie particulière - freudisme, jungisme ou autre - il y a encore une telle quantité de livres qu'il est inutile d'espérer d'en lire une partie qui permettrait de dire que l'on maîtrise vraiment cette connaissance. Sans compter les sociologues qui se manifestent à leur tour et se spécialisent dans les comportements sociaux en fonction de la position occupée dans les hiérarchies complexes ou en fonction de aires culturelles. Pensons aux textes écrits par les ethnologues, les explorateurs ou les voyageurs. De nouveau nous tombons dans des expertises parcellaires qui fonctionnent malheureusement de manière parfois bien exclusives. Ainsi Sigmund Freud crée une théorie générale de l'humain que personne ne cherche à rapprocher du structuralisme de Lévi Strauss. Et nous sommes en France et dans l'aire culturelle française. Qu'en est-il des penseurs des centaines autres aires culturelles. Qui saurait en faire la synthèse puisqu'il faudrait maîtriser toutes les langues et lire tous les livres. Une fois ce travail de titan réalisé, les experts d'une aire culturelle particulière prétendraient que c'est une synthèse arbitraire et improuvable du seul fait qu'ils ne maîtrisent qu'une langue, la leur.
La démarche éthologique nous libère de ce cercle vicieux qui consiste à vouloir comprendre la totalité à partir d'une partie de cette totalité. Elle estime que les différences entre les humains sont moins importantes que les identités. Qu'il soit Yanomani, Malien, Chinois, Américain ou Français, le bébé quand il nait ne sait pas trouver seul ses ressources de vie. Il est aidé par les humains qui en ont la charge quel que soit leur statut, parent ou accueillant légal. Mais l'enfant enregistre immédiatement la manière dont son environnement répond à sa demande. C'est le résultat de 2 à 3 milliards d'années d'évolution. On pourrait dire que les cellules eucaryotes originelles sont immédiatement adultes dès la fin de la méiose. L'évolution c'est le passage d'une cellule à deux puis par étapes pour en arriver aux 100 milliards de l'être humain, par exemple, puisque c'est de cela que nous parlons. C'est la même énergie vitale qui pousse la monocellule à se nourrir et le bébé à réclamer sa nourriture dès le jour de sa naissance. La grande différence, c'est que le multicellulaire qu'est l'humain a besoin d'une vingtaine d'années avant d'acquérir son autonomie alors que pour la mono-cellule c'est quasi instantané.
L'éthologie humaine c'est tout ce que le bébé apprend entre sa venue au monde et le moment où il est autonome, puis tout ce qu'il fait alors jusqu'à sa disparition. Au passage, il aura contribué à transférer aux bébés qui naissent chaque jour, une partie des comportements qu'il aura acquis, qu'il aura apporté à l'espèce humaine. La vie n'existe pas, il n'y a que des vivants et l'éthologie d'une espèce est inscrite dans les individus qui la constituent. C'est vrai pour l'humain comme pour tous les animaux.
Qu'en est-il des végétaux? Contrairement aux animaux, où pendant la première époque le cerveau crée un grand nombre de synapses qui inscrivent en lui le comportement qui lui permet de trouver ses ressources de vie et de reproduction avec succès, les plantes sont immobiles mais leur environnement joue un rôle important dans leur succès ou leur échec à vivre. Les plantes d'une même espèce sont en concurrence passive les unes vis à vis des autres. Celle qui arrive la première à une ressource de vie ( lumière ou chimie du sol), la consomme et cette ressource n'est plus disponible pour sa voisine. Celle-ci doit la trouver ailleurs sous peine de péricliter. Il y a ensuite des concurrences avec d'autres plantes où certaines sont plus rapides ou plus fortes mais il y a aussi des synergies, certaines produisent par exemple de l'azote utile pour les légumineuses. En tant que multicellulaires eucaryotes, les végétaux et les animaux sont soumis aux mêmes règles quand seul l'ADN est en jeu. Mais le cerveau qui permet à l'animal - hétérotrophe - de trouver ses ressources de vie et de reproduction invente le comportement et l'éthologie est la science du comportement c'est-à-dire de la quête mobile des ressources.
Peut-on affirmer que plus la durée de maturation est longue plus l'éthologie est complexe? Non, puisque qu'aujourd'hui, il y a des cerveaux d'animaux de 200 cellules au même moment où d'autres en ont des milliards. On pourrait même dire qu'il faut que des cerveaux très simples continuent à exister pour remplacer un jour, les cerveaux très élaborés si ceci venaient à disparaître.