jeudi 29 novembre 2012

histoire ( à revoir)

 
Alain Testart  -   Avant l'Histoire
 
1) Article de Julie Clarini
Avant l'histoire. L'évolution des sociétés, de Lascaux à Carnac,
d'Alain Testart,
Gallimard, " Bibliothèque des sciences humaines ", 560 p., 25 €.
© Le Monde


Le Monde: L'anthropologue Alain Testart retrace, dans " Avantl'histoire ", l'évolution des sociétés depuis le paléolithique.
Renet: Inexact. Le titre est Avant l'histoire. L'évolution des sociétés, de Lascaux à Carnac. Lascaux est peinte vers 18 000 avant aujourd'hui et Carnac, autour du VII° millénaire avant aujourd'hui. Le paléolithique apparaît il y a 3 millions d'années.

LM: Il s'agit d'un ouvrage d'anthropologie depuis les sociétés sans richesse jusqu'à aujourd’hui
R: La notion de "sociétés sans richesse" est bâti à partir d'une vision mal fondée scientifiquement d'une société du  passé. Les gens qui vécurent alors comment définiraient-ils la société d'aujourd'hui.

LM: A l'origine, tous étaient chasseurs
R: Pas de preuves même si c'est une hypothèse largement répandue.

LM: La misère est une calamité d'invention récente. Les miséreux apparurent probablement juste avant l'Antiquité classique: la plèbe de Rome.
R: Il y a eu une petite dizaine de berceaux de l'agriculture sur la Terre indépendant les uns des autres: Chine, Pérou, Amérique Centrale, Croissant fertile, Sahel, Ethiopie, etc.. Pas de preuves qu'il n'y a pas eu de plèbe ailleurs qu'à Rome?

LM: Les sociétés du paléolithique supérieur (35000-10000 ans av. J.-C.) reposaient sur de criantes inégalités.
R: Hors sujet. Voir le titre. Manque de preuves. Crier n'est pas prouver. 

LM: L'invention de la richesse date, en gros, du néolithique (vers 10000-2000 av. J.-C.)
R: Preuves? 

LM : Les deux maux symétriques sont le luxe et la misère.
R: Pour les pauvres ou les vaincus. Mais pas pour les riches ou les vainqueurs. 

LM: Penser une évolution globale de l'humanité ". 
R: Insuffisant. Il faudrait remonter plus haut et partir des ancêtres communs aux primates supérieurs actuels. La main est inventée par les mammifères qui choisissent les arbres comme lieu de vie. La sociabilité est inventée par les mammifères: le petit est nourri par le lait de celui qui lui donne la vie. Mais  ce sont les humains sapiens qui développent aussi loin ces deux lignes de forces et leur synergie.

LM: La tradition démocratique puiserait ses origines dans les temps les plus reculés, ce qui en expliquerait la permanence.
R: Les temps les plus reculés du livre c'est Lascaux. Il y a des temps plus reculés encore:
- 150 000 émergence du l'humain sapiens et sortie d'Afrique
- 3 millions: émergence de l'ancêtre de l'humain grâce à la main, la sociabilité et le cerveau
- 65 millions: apparition des mammifères
- etc ...


LM: Des traces archéologiques permettent d'envisager qu'au Rubané (5500-4800 av. J.-C.), quand l'Europe tempérée était sans doute cannibale, le peuple se rassemblait (déjà) et participait aux décisions collectives.
R: Des preuves. Qu'entend-on par cannibale? Les Guayakis de Pierre Clastres sont cannibales en 1972. Mais cela n'a rien à voir avec notre alimentation carnée du XXI° siècle.


LM: C'est un fond ancien, en quelque sorte, qui expliquerait la tonalité démocratique persistante de l'Europe, " aventure unique au monde "
R: Eh bien oui, le pays des droits de l'homme c'est la France.  Voilà le vrai titre du livre.

Article de Julie Clarini
Avant l'histoire. L'évolution des sociétés, de Lascaux à Carnac,
d'Alain Testart,
Gallimard, " Bibliothèque des sciences humaines ", 560 p., 25 €.
© Le Monde




JM: Entre ces deux bornes, plus de dix mille ans qui semblent marqués par une certaine stabilité des formes de la vie sociale, comme en témoigne l’art pariétal, reconnaissable au premier coup d’œil et qui se distingue des arts rupestres pratiqués par les chasseurs-cueilleurs des époques antérieures, sortes de graffitis schématiques ou de figures humaines.
R: C’est une erreur de perspective. Vue de Sirius, pendant les 2 000 ans de notre ère il ne s’est rien passé.

JM: De même l’équipement du chasseur, qui reste à peu près le même, ou l’état des techniques.
R: Fautes de preuves… Mais on en inférerait qu’ils sont restés paisiblement à chasser et cueillir alors qu’ils n’ont cessé de circuler et de s’implanter sur la Terre entière.

JM: Avant que tout ne s’accélère au néolithique, avec l’apparition de l’agriculture et l’entrée dans l’histoire.
R: La dictature de l’aujourd’hui ! C’est un nouveau paradoxe de Zénon d’Eléé : nous ne sommes jamais demain, car demain, c’est demain. Il est vrai que nous vivons toujours dans le présent même quand nous regardons des photos du passé.

JM: Mais pour tous ceux qui ont tenté de penser l’évolution des sociétés humaines, la période la plus reculée et la moins connue de notre préhistoire proche reste la plus interrogée, celle aussi qui aura alimenté toute sorte de spéculations et de projections, où le silence de l’archéologie est compensé par les données ethnographiques issues de l’observation de peuples actuels de chasseurs-cueilleurs, comme les Aborigènes étudiés par Alain Testard.
R: L’auteur d’un traité part du principe que son sujet est le plus important. C’est exact pour lui. Et comme il s’agit de sa ressource de vie, il y tient plus que tout au monde. Sinon, il meurt.

JM: C’est tout le problème posé par l’anthropologue : « comment des différences perçues dans le présent peuvent-elles servir à penser des différences dans le temps ? ».
R: C’est un progrès mais il faut également se demander « comment des différences perçues par rapport aux primates supérieurs avec lesquels les humains ont un ancêtre commun il y a 7 millions d’années peuvent-elles servir à penser des différences dans le temps ? 

JM: C’est pourquoi il revient sur l’histoire de l’idée d’évolution, depuis Thomas More, dont l’Utopie doit beaucoup à ce qu’on venait d’apprendre sur les sociétés amérindiennes à Marcel Mauss et sa théorie du don qui remplacerait le commerce ou Pierre Clastres et ses sociétés sans Etat en passant par Rousseau ou Engels qui, dans L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’Etat, évoque les premières démocraties chez les Iroquois, étudiés sur le terrain par l’anthropologue américain Lewis Morgan, considéré comme le fondateur de cette science humaine au XIXe siècle. La pensée évolutionniste qui eut son heure de gloire dans la deuxième moitié du siècle avec les deux discours d’Adam Smith et de Turgot sur l’histoire universelle, puis avec le livre de Bachofen sur le matriarcat et avec les premiers travaux des anthropologues, …
R: Ni Darwin ! Aucun américain ! Aucun éthologue !

JM: … a contribué à établir une conception de l’évolution qui n’est pas, loin s’en faut, celle du progrès social. Du « bon sauvage » à la « société sans classes » où le patriarcat est absent, les femmes libres et le temps de loisir abondant, ces sociétés ont souvent été invoquées dans le but de corriger les plus criants défauts des nôtres.
R: Il n’y a pas de progrès social. Il y a la main, le cerveau et la sociabilité qui font de l’humain, 65 millions d’années après la fin d’une précédente success-story, celles des dinosaures, l’espèce la plus répandue de nos jours.
Et dans 65 millions d’années, c’en sera une autre. Mais comme le disait Keynes, «  à long terme, nous serons tous morts ». Nous parlons des humains sans nous préoccuper des autres vivants si ce n’est comme instruments de leur domination.
Mais si nous parlons d’évolution, il faut en passer par là et envisager tous les vivants.

JM: Entre archéologie et ethnologie, Alain Testard s’emploie dans tous les domaines de la vie sociale à faire le point des connaissances actuelles et à risquer de nouvelles hypothèses, brossant un fascinant tableau destiné à rien moins que « saisir le sens global de l’évolution ».
R: Il faut introduire la primatologie à côté de l’archéologie et ethnologie. Shirley C. Strum a son mot à dire. 






JM: Premier constat : les sociétés sans écriture ne sont pas simples. 
R: Aucune société n'est simple ni aucun vivant. 

JM: Et paradoxalement, ce sont les Inuit, classés en tant que simples chasseurs au plus bas de l’échelle des civilisations, qui ont le système de parenté le plus semblable au nôtre, lequel est pour cette raison appelé « système eskimo ». 
R: Aucun paradoxe. Néanmoins, les eskimos nous ont cédé la place. Encore une poussée de l'OCDE et ils sont dans l'eau.
Quant à affirmer que les Inuits sont "au plus bas de l’échelle des civilisations", il est douteux que Anta (voir ci-dessous) sera de cet avis. 


 


JM: De même on ne peut définir l’évolution comme un passage du simple au complexe. 
R: L'évolution est un éternel retour - quête de ressources de vie et de ressources de reproduction - alors que tout change à chaque instant.   Depuis le Big Bang jusqu'au Big Crunch selon les théories du jour.

JM: Les progrès et inventions techniques sont des phénomènes cumulatifs et, par exemple, le boulier est impliqué dans l’ordinateur. 
R: Un boulier, 100 millions d'humains. Puis, un ordinateur, 7 milliards d'humains. Enfin, 100 millions d'humains, un boulier. 

JM: Il faut également réviser nos conceptions concernant l’habitat préhistorique. Il n’y a sans doute jamais eu d’homme des cavernes. Celles-ci, surtout lorsqu’elles étaient décorées, et comme l’a montré Leroi-Gourhan, « étaient organisées comme des sanctuaires », lieux de cultes qu’Alain Testard suppose totémiques, on verra pourquoi. Si les sites en abri-sous-roche ont représenté l’essentiel des découvertes archéologiques, c’est parce que les conditions de conservation y étaient meilleures et aujourd’hui on est parvenu à reconstituer quelques sites de plein air sous des tentes de peau amarrées par des pierres ou des ossements de mammouths.
R: Il y a eu un habitat avant l'habitat préhistorique des humains comme il y aura un habitat post-historique, quand les humains auront perdu  l'écriture et la mémoire transmissible.

JM: Pourquoi le magnifique art pariétal ne représente-t-il que des animaux et jamais de figure humaine, si ce n’est sous une forme fantomatique ou hybride, bestialisée ? Avant de développer sa thèse sur les animaux totémiques, Alain Testard nous remet en mémoire les fables de La Fontaine où derrière les figures et les caractères animaliers nous savons immédiatement discerner les traits humains, comme dans La Cigale et la Fourmi l’insouciance et l’esprit de prévoyance. Il semble que ce soit la même logique métaphorique qu’emprunte la vision du monde exprimée par l’art paléolithique.
R: Mais les cigales et les fourmis n'ont jamais lu La Fontaine alors  qu'elles existent depuis plus de 100 millions d'années. Et elles sont passionnantes à étudier.

JM: L’auteur passe en revue les différents systèmes politiques adoptés par les hommes de la préhistoire et s’attarde sur cette forme de démocratie représentative que Morgan a décrite chez les Iroquois. 
R: Les Iroquois avaient le même âge que les envahisseurs européens. Mais il n'avait pas connu l'âge du fer car il n'y avait pas de fer accessible comme en Eurasie à cette époque. C'est pourquoi les Chinois nous "rattrapent" et que les Indiens ont disparu. Mais si l'inverse s'était passé: age de fer en Amérique et pas de fer en Eurasie, ce n'est pas Pizarre qui serait en train de détruire l'Empire Inca en 1537 mais Atahualpa qui mettrait à genoux les euroindiens des environs de Madrid. 




JM: L’ancienne Europe, en particulier, fait figure de modèle : « on ne rencontre sur aucun continent et dans une même tranche de temps autant de peuples différents et qui tous mettent en scène des assemblées populaires. » Il y aurait une sorte d’atavisme de la démocratie en Europe…
R: Affirmation sans preuve. Tous les humains sont des modèles. Il suffit de leur consacrer le temps nécessaire. Si l'on n'étudie que La Grèce et Rome, on aura tendance à ne pas connaître le reste des 80 milliards d'humains sapiens qui ont vécu depuis leur spéciation. 





JM: C’est avec le stockage des denrées alimentaires et leur accumulation en prévision des périodes de vaches maigres, notamment hivernales, pour des chasseurs–cueilleurs devenus sédentaires qu’apparaissent les différences sociales induites par la richesse ainsi que la pratique du potlatch et les sociétés que l’auteur qualifie de « ploutocratiques ostentatoires ». 
R: Non. La main, le cerveau et la sociabilité sont les lignes de forces de l'humain. La quête des ressources de vie se fait donc par le travail : mises en commun des "mains" et des "cerveaux" lors de leur acquisition puis de leur redistribution. 
Le succès de ces lignes de force les fait passer de 150 000 individus il y a 200 000 ans à 7 milliards. 
Et c'est toujours cette méthode qui continue. 
Le vivre ensemble définit les règles de la quête des ressources et les règles de leur répartition. Elles ne sont jamais définitives à 100%. Celui qui dit "ploutocrate ostentatoire" ne l'est pas mais rêve, peut-être très secrètement, d'en être. Par contre celui qui l'est ne s'en aperçoit pas forcément. Les deux sont là par le hasard de l'évolution. On nait par hasard  dans tel lieu social et géographique. 



JM: Avant cela, c’est plutôt la quête du partenaire sexuel qui fait courir les hommes mais l’appât du gain peut apparaître comme un équivalent de cette chasse singulière puisque très tôt il a fallu payer pour les femmes, et souvent de sa personne en se mettant des années durant au service de son futur beau-père. 

R: Non. Chez les vivants, il y a deux quêtes différentes et nécessaires: la quête des ressources de vie et la quête des ressources de reproduction. Que l'une ou l'autre soit défaillante et le vivant disparaît soit de suite soit à la génération suivante. 
Chez les multicellulaires, il y a une femelle et un mâle. La "division du travail" est une adaptation  acquise par l'évolution. Le passé ne détermine pas le futur. Hier l'homme "chassait" la femme ou la "payait". Demain, ce sera peut-être le contraire ou autre chose. Ce n'est pas un problème moral mais éthologique. 

JM: A ce travail forcé Alain Testard voit un aspect libérateur, comme lorsqu’on parle à propos d’une dette d’un « paiement libérateur ». Là encore l’évolution ne s’est pas forcément faite par le passage du primitif au civilisé, mais aussi de façon cumulative. Le beurre, l’argent du beurre et celui de la crémière, en somme.

R: Il n'y a de beurre que chez les humains alors que l'humain n'est qu'un vivant parmi les autres.