1) Réconciliation avec les humains.
Dans nos contrées européennes nous avons longtemps vécu comme
fils de Dieu puis comme héritiers de la pensée humaniste de la
Grèce. Nous étions donc soit chrétiens et ceux qui ne croyaient
pas en notre Dieu devaient soit se soumettre soit disparaître.
Puis nous sommes devenus humanistes et tous les autres peuples qui étaient différents de nous méritaient le même sort. Les XIX°, XX° et XXI° siècle ont fini par nous montrer que nous étions tous semblables et que c'étaient notre séparation qui nous séparait. Nous étions séparés parce que nous étions peu nombreux pour une surface aussi grande. Mais soudain notre espèce s'est emballée au point que qu'entre 1800 et aujourd'hui notre population a été multipliée par 7. Cette augmentation est allée beaucoup plus vite que notre accoutumance les uns aux autres et rien ne dit qu'un jour l'énergie venant à manquer les distances ne se recréent. Nos modèles de sociétés sont encore différents et cela entraînent des crises locales à l'intérieur des groupes humains qu'on appelle états et entre ces états. On nous annonce de grandes crises de pénuries, de pollution et de famine. C'est un paradoxe que cela apparaisse au moment où l'espèce humaine est vainqueur par KO de toutes les espèces vivantes. Mais ce paradoxe s'explique facilement : la croissance de la population s'est faite grâce à la découverte de ressources de toutes sortes et comme elle a sa propre inertie, elle a besoin de nouvelles ressources qui pour l'instant se font attendre. A l'époque des premiers transports à vapeur ou à essence, le charbon et le pétrole paraissent inépuisables car les besoins sont encore limités. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. On trouve le même symptôme pour toutes les autres ressources matérielles utilisés par les humains. Il y a donc deux types de problèmes : la pénurie et la lutte entre les humains pour les ressources.
Que peut faire l'humanisme des réconciliations pour
nous ? Il faut intégrer les 200 états de la Terre en un seul
état. Le modèle c'est l'intégration de la République Démocratique
Allemande dans la République Fédérale et le contre modèle, la
création de l'Union Européenne avec une monnaie unique mais 27
états décideurs. L'histoire des 2000 dernières années est marquée
par l'intégration des petits états en des états de plus en plus
grands et ayant toute l'autorité d'un état pour gérer le nouveau groupe comme un seul et unique. La mission
paraît aujourd'hui insurmontable pour deux raisons : les
régimes politiques sont différents et même antithétiques et les
cultures ne sont pas miscibles. Il faut trouver une solution et la
solution n'est pas forcément le paradigme sur lequel se sont créés
les états modernes : un état, un peuple et un chef ! Il
faut un état, tous les peuples et un chef. Notre seule certitude
c'est qu'il s'agit d'une question de vie ou de mort pour les humains.
Face aux pénuries et aux catastrophes qui se présentent, tout
peuple qui risque de disparaître utilisera tous les moyens pour se
défendre et cela créera des guerres innombrables qui détruiront
l'espèce humaine. Cette pétition de principe ne garantit pas pour
autant la réussite. Les enjeux qui sont devant nous n'ont jamais été
aussi complexes et insurmontables.
2) L'humanisme des réconciliations concerne au même titre tous les
vivants.
Un vivant – multicellulaire - se caractérise par son
apparition lors de la rencontre entre une cellule haploïde femelle
et une cellule haploïde mâle. Il y a une jeunesse, une maturité et
une dégénérescence qui aboutit à chaque fois à la mort et la
décomposition. Tous les vivants actuels descendent d'un même
ancêtre apparu il y a 3 milliards d'années. Les différences qui
existent entre les espèces est le résultat de leur adaptation
permanente. Il y a aujourd'hui des millions d'espèces qu'il faut
considérer comme frères ou sœurs puisqu'elles ont le même père.
Elles ont des points communs.
Chaque espèce est en permanence en quête de ressources de vie.
Si elles viennent à manquer, l'individu meurt. Chaque espèce est
également en quête de ressources de reproduction. En l'absence de
reproduction, l'espèce disparaît. Chaque espèce développe sa
propre démarche pour satisfaire ces deux quêtes. En matière de
ressources de vie, les plantes sont autotrophes : elles se
nourrissent directement de l'énergie solaire et de la chimie du sol
tandis que les animaux sont hétérotrophes, ils doivent se nourrir
de plantes ou d'autres animaux. L'immobilité suffit aux plantes mais
la mobilité est nécessaire aux animaux. C'est pour cette raison que
les seconds ont développé un organe qui sert à les piloter :
le cerveau.
Lorsqu'il n'y a qu'une ressource de vie pour un seul individu, si
deux individus se présentent il y a lutte à mort. Tous les vivants
sont donc en lutte larvée ou explicite pour les ressources de vie.
Cette lutte est constante car plus de ressources donnent plus de vie
ou de résistance. Les premiers hominidés passent de la pierre
taillée à la pierre polie pour cette raison. Le « toujours
plus » est une règle de tous vivants. Le tigre qui se retrouve
au pays des souris devient chat. Si les souris se mettent à grandir
ou si les rats les remplacent, les chats changent de nature.
Pour une espèce donnée, toutes les autres espèces sont des
ressources de vie. C'est ainsi que les humains se nourrissent et se
protègent en utilisant tous les animaux et toutes les plantes
possibles. Ne nous étonnons pas que les espèces différentes de
nous nous considèrent de la même manière.
A l'intérieur d'une espèce tous les membres d'un sexe donné
sont des ressources de reproduction pour les membres de l'autre sexe.
C'est l'éthologie qui définit les règles du jeu. Par exemple, chez
l'humain il y a deux modèles dominants : le couple monogamique
éternel – modèle chrétien mais pas seulement - et le couple polygamique
éternel – modèle musulman mais pas seulement . Les étapes sont les
suivantes. Un mâle et une femelle se rencontrent, il y a
cristallisation « je t'aime pour la vie », mariage puis
vie commune, reproduction et fusion de la quête des ressources de
vie. Le mariage est éternel tant qu'il n'est pas dissous et les
enfants sont pour l'éternité les produits d'un père précis et
d'une mère précise. L'éthologie définit les règles de jeu mais
elle ne peut modifier la règle plus générale que tous les membres
d'un sexe sont une ressource de reproduction pour un membre de l'autre sexe. Elle met
en place des pare-feux tels que la prohibition de l'inceste, de la
pédophilie, de la prostitution ou de l'adultère. Mais elle ne peut
remettre en question le règle générale: à côté du couple
éternel, il y a aura toujours des déviances.
En quoi l'humanisme des réconciliations est-il concerné ?
Il nous montre que les lois de l'humain sont dominées par les
lois du vivant. Au regard de ces lois, tout ce que font les humains
est normal : la face éclairée, celle que nous tolérons et que
nous défendons et la face sombre, celle que nous combattons de
toutes nos forces. Cette connaissance ne doit pas nous désarmer mais
elle doit nous rendre plus intelligent pour trouver des solutions
plus solides pour créer l’État Terre mais également pour respecter
tous les vivants, pour les reconnaître comme nos frères et sœurs
et manifester un respect plus grand pour tous. Si notre action nous
amène à tuer tous les animaux et toutes les plantes, c'est
nous-même que nous assassinons.
3) Enfin, en quoi, le non vivant est-il concerné par l'humanisme des
réconciliations ?
Il y a trois milliard d'années, le vivant est apparu au sein du
non vivant. Et ce vivant est constitué uniquement de non vivant
contrairement à ce que pense explicitement les religieux et
implicitement les humanistes anciens. Il faut inverser l'affirmation
cartésienne qui dit je pense donc je suis. Il faut dire je suis donc
je pense et plus généralement, le non-vivant pense donc le vivant
pense.
On voit périodiquement dans la presse que le cerveau humain est
l'invention la plus abouti de l'Univers. Mais comment peut-on
affirmer pareille contre-vérité ? Le cerveau fait entre 1000g et
1500g de matière non vivante : carbone, oxygène, hydrogène et
azote plus des traces de centaines d'autres corps chimiques.
L'humanité, c'est donc entre 7 et 10,5 milliards de kilos de
cerveau. La Terre combien pèse-elle ? Elle qui représente
1/1000 du Soleil et des soleils, il y en a des trilliards de trilliards
de trilliards dans l'univers. A-ton le droit de parler de choses que
l'on ne connaît pas pour la simple raison que nous ne les
connaîtrons jamais ? Voilà la question que se pose l'humanisme
des réconciliations quand il aborde le non vivant. Il affirme que
tout ce qu'il pourra connaître dans le futur ne sera qu'un grain de
sable d'un grain de sable d'un grain de sable du non vivant. Mais,
il devra vivre avec cette béance.
Conclusion.
Voilà les grands principes de l'humanisme des réconciliations.
Les humains sont frères de tous les humains. Ils sont frères de
tous les vivants et ils sont chez eux dans l'Univers gigantesque.
L'histoire est incomplète si l'on n'y intègre pas l'évolution et l'éthologie humaine, cette dernière n'étant que l'application de l'évolution à une espèce et sur un laps de temps relativement court et - dans ce cas - la chronologie des événements humains.
Tout d'abord il faut penser en continuité et non en discontinuité. Dans la seconde qui vient de s'écouler tant d'humains sont nés, tant d'humains sont morts et les humains ont augmenté de tant de personnes. Chaque historien crée ses discontinuités mais toutes prise ensemble, la continuité nous revient. Il y a par contre une discontinuité certaine : celle de ma naissance et de ma mort. Et comme je vois midi à ma porte, le monde n'a cessé de changer depuis que je suis né et je peux le prouver. Paradoxalement, je suis toujours à l'intérieur de mon moi et malgré mon âge avancé, c'est moi que je reconnais quand à partir de 3 ou 4 ans les souvenirs me reviennent à l'esprit. Mais nous allons revenir aux humains et laisser mon histoire personnelle de côté.
Chaque jour, chaque humain recherche ses ressources de vie. Il doit se nourrir et vivre toute une journée ou préparer sa nourriture et sa vie ultérieure. Chaque jour, il se trouve dans un environnement humain donné, dans un environnement avec des vivants non humains donné et dans un environnement avec le non-vivant donné. Il change en permanence de même que ces trois environnement changent de secondes en secondes. Il y a lutte intense ou lutte sourde avec chacun de ces environnements. Il y a des victoires ou des défaites, minimes ou gigantesques.
Nous constatons que ces trois environnements – humain, vivant et non vivant – évoluent. Nous ne sommes pas dans un éternel recommencement. Il y a de la complexification. Chez les humains, le cerveau passe de 600g à 1400g en 3 millions d'années et grâce à cela, ses outils d'élémentaires deviennent complexes et ont besoin de plus en plus d'humains pour les mettre en œuvre. Chez les vivants, on passe du vivant monocellulaire au vivant multicellulaire en l'espace de 3 milliards d'années. Chez le non vivant, le big bang crée il y a 13,7 milliards d'années « une grande soupe » indistincte qui est à l'origine des 133 corps du tableau élémentaire et des millions de composants qui se sont constitués au cours des âges jusqu'à notre époque.
Prenons à présent une date précise : le 14 juillet 1789. A un endroit précis de l'Univers, « la France ». Tirons un trait sur cent ans pour arriver au 14 juillet 1889. Et écrivons-en l'histoire. Il y a à la date début, un état précis – mais dont nous n'avons aucun instrument qui puisse en donner l'état général exact – et il y a à la date arrivée un état précis sur lequel nous n'avons que des bribes. Les humains ont évolué à la recherche de leurs ressources de vie et de leurs ressources de reproduction. Les vivants non humains ont également évolué : ceux qui sont intimement liés aux humains, sous des contraintes humaines, non humaines et non-vivantes, et ceux qui en sont éloignés sous des contraintes vivantes non-humaines et sous des contraintes non-vivantes. Et le non-vivant a également évolué une part avec influence des humains mais l'essentiel de l'Univers n'a pas été touché par ces microbes d'une poussière appelée « Terre ». Une fois ces fondations mises en place, nous pouvons commencer à parler de Louis XVI, de Robespierre, de Napoléon 1°, des révolutions dez 1830, 1848 et de la Commune de 1871. Ces faits historiques trouveront la place qui leur revient. Immenses car je ne suis qu'une unité à côté des millions de personnes humaines qui ont agi dans ces événements mais angströmiques face à la dimension de l'Univers. Regarder un bousier en train de se déplacer dans la forêt. C'est commensurable avec ces cents ans qui sont importants parce qu'un humain face à des millions, c'est quantité négligeable mais les humains face à l'Univers, ne sont même pas de bousiers.
Voilà la profondeur de champ qui manque à l'histoire.
L'histoire c'est avant tout l'histoire d'un état, c'est le catéchisme de l'état. Si je vis en France, la France est le meilleur des pays. Pour la raison bien simple : j'y vis. Car quand je dis « vive la France », je dis « vive moi », « moi, que je vive », « je veux vivre » donc « si je n'ai pas mes ressources de vie, je meurs ». Nous comprenons pourquoi nous sommes prêts à mourir pour notre pays : si nous ne trouvons pas nos ressources de vie, nous mourons. Nous sommes obligés de manger chaque jour, sous peine de mourir or la mission du vivant est de vivre. Il suffit de changer de pays et alors son histoire dira vive Ce Pays.