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A cette époque, il y avait peu de preuves empiriques pour soutenir l'hypothèse que la présence de plusieurs pères pouvait aider une mère à améliorer les perspectives de survie de sa progéniture. Par la suite, de nombreuses preuves, issues surtout des animaux, mais aussi de sociétés nomades de fourrageurs et de chasseurs-collecteurs-horticulteurs, devinrent disponibles. Il existent à présent une littérature émergente sur les "bénéfices de la polyandrie".
De la drosophile aux paonnes, des serpents aux chiens de prairies, les femelles libres de s'accoupler avec plusieurs mâles sont plus fertiles ou produisent une progéniture plus viable que celles qui n'ont qu'un seul partenaire.
Certains bénéfices de la polyandrie impliquent la manipulation de la paternité par la femelle - manipulation portant sur l'identité du mâle qui a fécondé ses œufs. D'autres impliquent la manipulation des informations disponibles aux mâles sur la paternité comme je le décris dans ce livre.
Par exemple, dans une belle étude d'un type de passereau européen, la fauvette, Nick Davies, écologiste du comportement de l'université de Cambridge, a pu montrer que différents mâles se rappellent les relations sexuelles passées avec la mère. Ils s'appuient sur cette "information" comme indice pour "décider" s'ils vont l'aider ou non à élever sa couvée. Le nombre de bouchées de nourriture qu'une fauvette mâle apporte aux petits est en relation directe avec le nombre d'occasions qu'il a eu de copuler avec la mère lors de sa dernière période de fertilité.
Avoir plusieurs pères "possibles" est apparemment si avantageux pour les mères chez les accenteurs japonais - parents des fauvettes - que les femelles ont été sélectionnées pour afficher leur fertilité par des protubérances de couleur vermillon autour de leur cloaque. Ces petites oiseaux ont convergé vers la même solution que les babouins et les chimpanzés femelles, qui montrent d'évidentes protubérances de couleur rouge autour de leur vagin: ces caractères assurent qu'elles attireront l'attention des mâles et pourront s'accoupler avec plusieurs d'entre eux. Dans le cas des accenteurs japonais, nous savons aujourd'hui, grâce à l'ornithologue Masahiko Nakamura, que les poussins des femelles qui s'accouplent avec plusieurs mâles grossissent plus vite que ceux des femelles n'ayant qu'un seul partenaire, et que davantage d'entre eux survivent jusqu'à l'âge adulte.
La preuve de l'ADN pour les fauvettes révèle que les mâles ont généralement, mais pas toujours, raison de reconnaître leur paternité. En d'autres termes, les mères qui se sont accouplées avec plusieurs mâles renforcent bien leur succès reproductif en manipulant l'information disponible pour les pères possibles. Pour les fauvettes ( comme pour plusieurs espèces de primates monogames décrites dans ce livre), la "monogamie" n'est pas un type idéal statique d'accouplement qui aurait évolué chez les individus appartenant à une espèce donnée. La monogamie est plutôt le résultat de motivations et de pressions de sélection dynamiques, souvent conflictuelles. Dans le cas des fauvettes, l'observation à un moment donné pourrait fort bien révéler un mâle et une femelle coopérant pour élever leurs jeunes. Mais cette scène harmonieuse représente plutôt un compromis entre le désir du mâle de chasser ses rivaux et les prédispositions de sa partenaire à empêcher des femelles rivales de partager des ressources locales.
Au plan théorique, donc, il n'y a aucune raison pour que la logique maternelle ait joué de façon différente chez les premiers hominidés - ou chez les humains modernes -, même s'il semble logique qu'ils usent de signaux et de mécanismes différents impliquant à la fois des processus conscients et inconscients (ce qui est heureux pour ceux d'entre nous qui cherchent aujourd'hui à déterminer notre propre fonctionnement au lieu de se trouver simplement d'accord avec des solutions qui se sont révélées stables sur le plan évolutionnaire pour nos ancêtres).
Il n'est peut-être pas surprenant que les anthropologues commencent à identifier, tant dans les sociétés traditionnelles que modernes, des mères ayant recours à des relations sexuelles avec plusieurs hommes afin d'obtenir davantage d'assistance pour nourrir leurs enfants.
Des fourrageurs et des horticulteurs vivant dans les plaines d'Amérique du Sud jusqu'à l'Afrique urbaine post-coloniale, des bidonvilles d'Amérique du Sud aux villes d'Amériques du Nord, les anthropologues et les sociologues trouvent des modèles d'approvisionnement par les mâles étonnamment proches de celui des fauvettes, liés d'ailleurs au comportement polyandre des femmes qui les suscitent.
Par exemple, dans un certain nombre de sociétés tribales d'Amérique du Sud, les mères protègent leurs enfants du risque d'un approvisionnement non fiable ou du risque de devenir orphelins en incluant leurs amants à titre de pères "secondaires" dans le réseau familial.
Une fiction biologique fort utile, est répandue dans cette partie d'Amérique latine, selon laquelle les fœtus sont construits par le sperme maternelle. Des données sur les Achés du Paraguay et les Bari du Venezuela indiquent que les enfants qui reçoivent des cadeaux ou de la nourriture de plusieurs pères "possibles" ont des taux de survie nettement plus élevés que ceux qui ne reçoivent de la nourriture que d'un seul. Pour les mères s'efforçant de joindre les deux bouts dans des conditions difficiles, un père fiable est un luxe, deux hommes une bonne assurance, trois ou plus presque une certitude. Un état du monde autrefois considéré comme impossible se révèle n'être ni impossible, ni particulièrement rare. parmi les cultures humaines, le mariage polyandre au sens formel est en effet extrêmement rare. Mais de façon non formelle, beaucoup de comportements, du partage des femmes et des pères séquentiels jusqu'à l'adultère subreptice, sont loin d'être rare. Les familles nucléaires et les partenaires exclusifs se consacrant à l'élevage des enfants sont une grande part de la condition humaine, comme le sont les familles polygynes stables. Mais le sont aussi - dans certains environnements - des unions polyandres séquentielles moins stables. Après tout, dans des sociétés comme les Aché, les taux de mortalité des adultes, ainsi que la mortalité infantile, sont élevés. Les pères peuvent mourir; d'autres peuvent engendrer leurs enfants et puis s'en aller. Dans certaines circonstances économiques, il peut simplement être impossible pour un homme de nourrir une famille - soit parce que dans son monde les résultats de la chasse sont imprévisibles, ou parce que dans les villes il n'y a pas de travail. Partout où les pères se révèlent peu fiables dans l'approvisionnement et la protection qu'ils fournissent, c'est un avantage pour les mères - si elles sont libres de le faire - d'aligner un ou plusieurs pères "secondaires".
Dans les pays post-industriels, il est à la mode de supposer que de tels arrangements sont nouveaux ou "dénaturés" et de les attribuer à un "effondrement" de la famille nucléaire provoqué par le féminisme ou par la promiscuité sexuelle liée à un usage accru de moyens contraceptifs. Pourtant les modèles d'accouplement polyandre répondent plutôt à des conditions démographiques et écologiques ( ou économiques) particulières et sont sans doute plus ancien que le "Mouvement" ou la "pilule". Dans quelle mesure une femelle donnée est monandre ou polyandre ne dépend pas simplement de son sexe ou de sa nature "intrinsèque", mais des circonstances écologiques, démographiques, historiques, - voire plus directement endocrinologiques dans lesquelles elle se trouve, ainsi que des diverses options qui s'offrent à elle.
Est-ce que l'existence de tant de femelles "polyandres" invalide la théorie de la sélection sexuelle? Non. Mais ils nous faut voir désormais les femelles comme des stratèges dynamiques et élargir la théorie pour les considérer non seulement dans les conditions relativement favorables où elles peuvent choisir le mâle qu'elles veulent et quand même parvenir à nourrir et protéger leur progéniture, mais aussi dans le plein continuum des situations possibles.
Regardons à nouveau le paysage darwinien de la couverture. Considérons la femme prise au filet par son poursuivant, car cette image provoque une autre façon de penser le "choix des femmes ". Contrainte par son satyre, elle peut engendrer avec son ravisseur, ne pas ovuler et donc ne pas engendrer, ou inventer d'autres moyens de résister à ses efforts pour la séquestrer."
Sarah Blaffer Hrdy ist emeritierte Professorin für Anthropologie an der University of California und zählt zu den führenden Soziobiologen und Primatenforschern unserer Zeit. Sie ist Mitglied der amerikanischen National Academy of Sciences und veröffentlichte zahllose Beiträge in wissenschaftlichen Zeitschriften. Ihr bahnbrechendes Buch Mutter Natur. Die weibliche Seite der Evolution (Berlin Verlag 2000; BvT 2002) erhielt etliche Auszeichnungen, u. a. als „Wissenschaftsbuch des Jahres“ von Bild der Wissenschaft. Hrdy ist selbst Mutter von drei Kindern und betreibt mit ihrem Mann eine Walnussplantage in Nordkalifornien.

