dimanche 18 juillet 2010

Evolution et sciences humaines : Darwin découvre les Fuégiens en 1826 et rate l’éthologie. (à relire)

 
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Ils atteignirent la Terre de Feu le 1er décembre 1832 et Darwin fut déconcerté par la sauvagerie des natifs, qui contrastait totalement avec le comportement civilisé des trois Fuégiens qu'ils ramenaient en tant que missionnaires (qui avaient reçu les noms de York Minster, Fuegia Basket et Jemmy Button). 

Il décrivit sa première rencontre avec les natifs Fuégiens comme étant « sans aucune exception, le spectacle le plus curieux et le plus intéressant que j'ai vu : je n'aurais jamais pu penser combien était grande la différence entre un homme sauvage et un homme civilisé : elle est plus grande que celle entre un animal sauvage et un animal domestique, dans la mesure où, chez l'homme, il existe un capacité d'amélioration bien plus grande ». *

Par contraste, il dit de Jemmy qu’« il me semble encore merveilleux, lorsque je repense à ses nombreuses qualités, qu'il puisse être de la même race et qu'il puisse tenir du même caractère que les misérables sauvages dégradés que nous avons d'abord rencontré ici ». 

Quatre décennies plus tard, dans la La Filiation de l'homme, il utilisera ces impressions comme une preuve que la civilisation humaine a évolué à partir d'un stade plus primitif.

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Trois indigènes de la Terre de Feu qui avaient été accueillis par le Beagle lors de son précédent voyage sont à bord : ils y reviennent comme missionnaires. 

Durant leur séjour de deux ans en Angleterre, ils sont devenus des « civilisés », aussi leurs proches apparaissent-ils à Darwin comme des « sauvages malheureux et avilis »[14]. Un an plus tard[15], les missionnaires qui ont été laissés sur place ont abandonné leur mission et seul Jemmy Button vient à leur rencontre ; il est en effet retourné à la vie sauvage et il leur annonce qu'il n'a « aucun désir de retourner en Angleterre » et qu'il est « content et comblé » de son sort[M 2]. 

À cause de cette expérience, Darwin vient à penser que l'homme n'est pas tant éloigné des animaux, et que la différence est surtout due à des différences d'avancées culturelles entre civilisations plutôt qu'à des différences raciales.

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Des trois années que les jeunes Yahgans vécurent au milieu des Anglais, la moitié se passa à bord du Beagle avec FitzRoy. Ils le convainquirent ainsi que les autres passagers (dont Charles Darwin), que les Indiens étaient cannibales…. Nous pensons que York Minster ou Jimmy Button ne se préoccupaient pas le moins du monde de dire la vérité quand on leur posait des questions : il leur importait seulement de répondre dans le sens qu’ils pensaient être celui que l’on attendait d’eux. Leur connaissance limitée de l’anglais ne leur permit pas, les premiers temps, de s’expliquer longuement et on sait qu’il est beaucoup plus facile de répondre « oui » que de répondre « non ». Les témoignages que l’on attribue à ces jeunes gens et à Fuegia Basket ne sont rien d’autre que l’accord donné aux suggestions qui leur étaient faites. Nous pouvons imaginer leur réaction devant des questions pour eux aussi ridicules que celles-ci : « Tuez-vous des hommes pour les manger ? » D’abord embarrassés, ils finissaient, à force de répétitions, par saisir le contenu de la question et ils réalisaient quel genre de réponse on attendait d’eux. Aussi acquiesçaient-ils tout naturellement. L’enquêteur poursuivant : « Quelles personnes mangez-vous ? » Pas de réponse. « Mangez-vous les méchants ? - Oui. » « Quand il n’y a pas de méchants, que se passe-t-il ? » Pas de réponse. « Mangez-vous vos vieilles femmes ? - Oui. » ........... La croyance en leur cannibalisme ne fut pas l’unique erreur de Darwin au sujet des Fuégiens. En les écoutant, il eut l’impression qu’ils répétaient toujours les mêmes phrases, encore et encore. Il en arriva à la conclusion que tout leur langage ne comptait pas plus d’une centaine de mots

Nous qui, tout enfants, avons appris à parler le yaghan, nous savons que cette langue, dans ses limites spécifiques, est infiniment plus riche et plus expressive que l’anglais et l’espagnol. Le Dictionnaire yahgan (ou yamana) – anglais, élaboré par mon père et auquel je me référai ultérieurement, ne contient pas moins de trente-deux mille mots ou inflexions, nombre qui aurait pu être considérablement augmenté sans s’écarter de la langue châtiée.  

[ in E. Lucas Bridges – Aux confins de la Terre – Une vie en Terre de Feu (1874 – 1910), pages 46 et 47 ]

Commentaires :
 

Lors de ses voyages, Darwin s’applique plus à analyser la géologie, les animaux et les plantes que les humains. Ces derniers occupent une petite place dans sa pensée. On pourrait rétorquer qu’ils n’occupent que leur véritable place dans la nature. Mais alors à quel titre l’évolution concerne-t-elle les 3 millions d’années de vie des hominidés et les 150 000 ans de l’homo sapiens ? Charles Darwin est géologue, botaniste et naturaliste. Les sciences humaines en sont à leur début et ce n’est pas sa partie. Néanmoins il y fait une incursion et celle-ci laisse quelques traces dans sa théorie qui nous amène à la conclusion suivante : l’étude de l’émergence des humains n’a toujours pas trouvé sa science. L’évolutionnisme a besoin d’un espace / temps plus vaste et l’histoire sous sa variante paléontologique dispose d’un espace / temps trop restreint pour en donner un vision synthétique et globale. 

 

Reste l’éthologie
 
Cela nécessite une révolution copernicienne en deux temps : unifier les concepts qui concernent tous les animaux y compris l'humain puis les relier à la totalité des vivants dont les plantes. C’est à cette tâche que nous nous sommes attelés. En voici les grandes lignes. 1) Le cerveau n’existe que chez les vivants hétérotrophes : c’est l’instrument qui leur permet de trouver toutes les ressources dont ils ont besoin et qui leur permet de se reproduire car ils ne les trouvent en général qu’en se déplaçant. C’est la fin du « je pense donc je suis » et l’émergence du « JE vis donc JE suis » où chaque vivant , plante ou animal – est un JE. La vie n’existe pas, il n’y a que des vivants. 2) L’évolution montre comment les vivants apparus il y a environ 3 milliards d’années se sont diversifiés jusqu’à devenir ceux que nous connaissons dans leurs grands traits aujourd’hui. Et il n’y a aucune raison d’imaginer que ce mouvement s’arrêtera dans l’avenir si les conditions globales de leur apparition et de leur existence actuelle ne sont pas complètement modifiées. 3) Même si de manière spéculative, nous estimons que dans l’Univers, d’autres vivants existent, ce que nous savons c’est que dans le système solaire, les vivants de la Terre, excepté les bactéries, sont uniques. Légère couche sur notre planète qui ne représente que 0,01% du Soleil, lequel n’est qu’un grain de poussière dans l’univers, la modestie doit être notre ligne de conduite. 4) L’éthologie décrit comment les animaux vivent , c’est-à-dire, recherchent les ressources nécessaires à leur vie et à leur reproduction. Cette science s’applique également aux humains. Biologiquement il n’y a aucune différence fondamentale entre tous les animaux. Que l’humain soit doté d’un cerveau plus puissant qui lui permet de se constituer en Etats ou de construire des lieux de vie immenses c’est un fait mais qu’il cesse de se nourrir ou de se reproduire définitivement et il disparaîtra comme n’importe quel espèce de vivants. 5) Mais alors qui pense ? qui parle ? qui sent ? Tous les vivants. Nous aussi.