dimanche 17 octobre 2010

Antonio Damasio et Le Monde du 15 octobre 2010 : toujours loin de l'éthologie ( à relire)

Entretien 

L'émotion, source de la conscience 

LEMONDE | 15.10.10 | 15h18 • Mis à jour le 15.10.10 | 16h05 

En montrant comment les émotions sont au cœur de notre organisation sociale et cognitive, il a donné aux neurosciences son supplément d'âme. Mondialement connu pour ses travaux théoriques et expérimentaux, le neurobiologiste portugais Antonio Damasio, directeur de l'Institut du cerveau et de la créativité à l'université de Californie du Sud (Los Angeles), explore inlassablement les liens entre le corps et l'esprit. Dans son dernier ouvrage, L'Autre Moi-Même. Les nouvelles cartes du cerveau, de la conscience et des émotions (Odile Jacob, 416 p., 24,90 euros), il tente de cerner l'ensemble des processus biologiques et évolutifs qui ont abouti, chez l'homme, à la conscience et à la notion de soi. Nous l'avons interrogé lors de son passage à Paris. 

Commentaires:  

Émotions, âme, corps, esprit, conscience, notion de soi: notions non scientifiques "Au centre de notre organisation sociale et cognitive": salmigondis conceptuel mondialement connu: s'agit-il de tous lecteurs du journal français Le Monde ou des 6,7 milliards d'humains? "Inlassablement": tous les vivants recherchent inlassablement leurs ressources de vie et de reproduction. "Il tente": pourquoi cette atténuation n'est elle pas quantifiée puisqu'elle porte sur une affirmation excessive du type "depuis qu'il y a des hommes et qu'ils pensent"? 

 

Le premier chapitre de votre livre s'intitule "Redémarrage". Pourquoi ? 

Parce que ma réflexion sur les découvertes récentes des neurosciences m'a conduit, ces dernières années, à un profond changement de point de vue. Sur l'origine et la nature des sentiments, comme sur les mécanismes sous-jacents à la construction du soi. Il y a encore dix ans, je me préoccupais avant tout, comme tous les neurobiologistes, de comprendre ce qui se passe dans le cortex cérébral. Or je suis désormais persuadé que les fondements de la conscience ne se situent pas dans le cerveau, mais dans le tronc cérébral. On a longtemps cru que cette structure, située au-dessus de la moelle épinière, était un simple centre de passage des voies motrices et sensitives qui relient le corps et le cerveau. Mais elle se révèle bien plus essentielle que cela : c'est à son niveau que prennent naissance les sentiments primordiaux - par exemple ceux du plaisir ou de la douleur. Le tronc cérébral étant une partie ancienne du cerveau que nous avons en commun avec bien d'autres espèces, cette découverte jette un grand "pont" biologique entre les organismes qui n'ont pas de cerveau et ceux qui en ont un. Les sentiments et la conscience trouvent leur origine chez des organismes très simples, y compris des êtres unicellulaires comme l'amibe ou la bactérie ! Car même sans cerveau, la petite amibe va chercher de l'énergie, la transformer, se défendre des attaques, saisir des opportunités, selon des principes de régulation qui, bien plus tard dans l'évolution, feront émerger la conscience.  

 

Commentaires:  

Sentiment, construction de soi, conscience : notions non scientifiques Cerveau, tronc cérébrale, plaisir, douleur: Tous les animaux - vivants hétérotrophes - doivent de déplacer et rechercher leurs ressources de vie et leurs ressources de reproduction. C'est le rôle principal du cerveau que de les piloter dans ces activités. Le plaisir et la douleur sont des signaux élaborés à partir du moment où les vivants sont devenus des multicellulaires. Le plaisir indique globalement qu'une chose est bonne pour l'animal et la douleur, qu'elle est mauvaise. En outre l'un et l'autre signalent précisément quelle partie de l'animal est concernée. Un humain se foule une cheville, il sait immédiatement qu'une foulure a eu lieu et à quel pied. Pour les plantes qui en tant qu'autotrophes n'ont pas besoin de cerveau, la blessure est perçue d'une autre manière et selon sa gravité, guérie, colmatée ou définitive. Le plaisir et la douleur ne sont pas des sentiments ni simples ni primordiaux - notion anthropomorphique - c'est pourquoi l'éternel débat des gourmands et des ascètes " le homard souffre-t-il quand il est jeté dans l'eau bouillante" est un faux débat: il ressent de la douleur sur tout son corps mais nous humains sommes totalement indifférents au sentiment qu'il a de sa mort qui approche à grands flots. "Il faut être idiot pour porter le deuil d'un homard que l'on déguste avec culture et appétit". "Car même sans cerveau, la petite amibe va chercher de l'énergie": ... justement parce qu'elle a déjà un embryon de système nerveux! Elle n'est donc pas sans cerveau. "Chercher de l'énergie, la transformer, se défendre des attaques, saisir des opportunités, selon des principes de régulation": voilà ce qu'en éthologie on appelle les ressources de vie et les ressources de reproduction. Elles concernent tous les vivants, plantes et animaux, étant bien entendu que l'humain n'est qu'une espèce animale parmi un million d'autres.  

 

A quoi sert alors le cerveau ? 

 Avant de parler du cerveau, il faut parler de la conscience. Celle-ci donne aux espèces qui en sont dotées la possibilité, à un très haut niveau, d'organiser leur survie de façon efficace - et à l'espèce humaine la possibilité de rechercher son bien-être. Et l'évolution de la conscience s'est faite en plusieurs étapes dans le règne animal. Il y a d'abord la conscience "noyau" : une forme de conscience interne, sans mémoire profonde, qui permet à l'animal d'appréhender son environnement à travers son système nerveux et sensoriel. La conscience "autobiographique", elle, permet aux animaux supérieurs, tels que les mammifères et les oiseaux, de garder en mémoire des expériences passées, de disposer d'objets mentaux, d'éprouver des émotions. La conscience "étendue" peut être attribuée aux grands singes, qui se perçoivent eux-mêmes comme sujets pensants et agissants. On arrive enfin à la conscience "de soi" : la nôtre.  

 

Conscience, conscience "noyau", conscience "autobiographique", conscience "étendue", conscience "de soi"

 notion non scientifique. 

 Évidemment, l'humain est la cerise sur le gâteau. Mais on peut continuer la plaisanterie , il y aura la conscience "de soi" des habitants des pays sous-développés: souvenons-nous des contacts depuis le XV° jusqu'au XIX° entre les races supérieures et les races inférieures qu'il fallait civiliser. Et aujourd'hui il reste encore la conscience "de soi" des très pauvres humains et celles des très riches et très cultivés. Il est probable que le degré de la conscience "de soi" emprunte celui de la fortune ou des acquisitions intellectuelles. Quel bla bla bla!  

 

Comment le cerveau rend-il l'esprit conscient ? 

C'est la grande question. Tout au long de l'évolution des mammifères, notamment des primates, l'esprit devient de plus en plus complexe. La mémoire et le raisonnement s'étendent, le processus du soi prend de l'ampleur. Jusqu'à ce que survienne le cerveau humain, qui permet, en association avec la conscience autobiographique, l'apparition du langage. Il devient alors possible aux humains de créer la culture, et d'organiser leur survie selon des principes qui ne sont plus seulement biologiques. La culture nous libère de l'esclavage de la biologie.  

 

Esprit, conscience: 

notions non scientifiques.  

"Tout au long de l'évolution des mammifères, notamment des primates, l'esprit devient de plus en plus complexe" : Erreur. L'ancêtre commun au chimpanzé troglodyte - celui qu'on emprisonne dans les zoos et qui va disparaître d'ici 50 ans - et de l'humain semble avoir possédé un cerveau de 500g. Le cerveau du chimpanzé semble ne pas avoir fortement pris de poids alors que celui de l'humain a été multiplié par trois en 3 à 4 millions d'années du fait de l'augmentation du rôle de la main en interaction avec la sociabilité: quelle que soit les guerres et massacres intervenus depuis les origines de l'humain, son succès, c'est à dire le nombre des représentants de son espèce, n'a cessé d'augmenter jusqu'à emprunter une évolution exponentielle depuis 1800. C'est le résultat des acquis de la technologie humaine ( la main) et de la sociabilité ( les états et les super états). Mais ... Mais, comme toutes les espèces vivantes, l'évolution va continuer. De même que ce n'est ni Dieu ni l'Humain qui a décidé du passé, de même, ils ne seront pour rien dans son futur. Par contre comme tous les vivants, l'humain ne pourra cesser de rechercher ses ressources. Comme Romulus Augustule, dernier empereur romain d'Occident, il sera humain jusqu'au jour de sa disparition.  

 

Vous venez de recevoir le prestigieux prix annuel de la Fondation japonaise Honda pour vos travaux pionniers dans le domaine des neurosciences, notamment pour votre théorie des "marqueurs somatiques". De quoi s'agit-il ? 

 

C'est une théorie que j'ai élaborée dans les années 1980, lorsque j'ai commencé à soupçonner que les émotions jouaient un rôle très important dans nos comportements cognitifs. J'avais fait, à cette époque, une rencontre déterminante avec un malade âgé d'une trentaine d'années qui venait de subir une opération du cerveau. Il n'en avait gardé aucune séquelle apparente, mais il avait subi un changement radical de personnalité. Il était formidablement intelligent, mais ses décisions étaient complètement étranges et déraisonnables. Or ce malade semblait ne plus ressentir d'émotions. C'est alors que j'ai commencé à développer l'idée des marqueurs somatiques, selon laquelle nos raisonnements se fondent, en partie, sur une échelle de valeurs dictée par nos émotions. Si on a vécu quelque chose avec beaucoup d'enthousiasme, ou de peur, cette expérience laissera dans notre chaîne de pensée une sorte d'empreinte, qui sera ensuite déterminante dans la qualité des décisions que nous prendrons.  

 

Émotion

notion scientifique si on la rattache à la douleur et au plaisir et non scientifique si on la rattache au sentiment.  

Marqueurs somatiques: si l'on avait du temps et de l'argent, on en trouverait chez tous les vivants qui possèdent un système nerveux. Mais la vache ça sert à faire du lait et de la viande. C'est déjà assez cher comme cela! Pourtant c'est à cette condition qu'ils pourraient acquérir un statut scientifique.  

 

Ce que l'on découvre sur le rôle des émotions dans le fonctionnement de notre cerveau sera-t-il utile pour la robotique de demain ? 

 Cela aidera sans doute à inventer des robots plus raffinés que ceux qui existent aujourd'hui, des robots doués d'émotions ou capables de reconnaître les nôtres. Mais cet objectif reste très difficile à atteindre, car le robot n'a pas de matière organique. Et cela change tout ! Prenez un avion, par exemple. C'est un organisme très compliqué, qui possède des systèmes de contrôle et de transformation d'énergie sophistiqués... Mais si vous lui cassez une aile, cela ne se propagera pas au reste de l'appareil. Alors que lorsque nous avons la grippe, la maladie va mettre en cause l'ensemble des éléments individuels qui composent notre corps. Le robot, comme l'avion, ne prend pas les risques que prend la matière organique, ce qui rend les choses totalement différentes du point de vue émotionnel. Il est impossible de ressentir ce qui se passe dans le silicium ou dans l'acier, alors qu'il est possible de ressentir toutes les variations qui se produisent dans la chair vivante.  

 

Robot: Le robot est un outil très complexe. Un outil est la transformation d'un geste de la main en objet extérieur à l'humain : je tape avec la main pour casser un objet, puis j'utilise une pierre et aujourd'hui il y a des marteaux pilons. L'humain est le principal producteur d'outils parmi les animaux, aujourd'hui. Mais un outil est aussi la transformation d'un geste collectif des mains: nous tirons un objet à plusieurs, nous utilisons une corde et des poulies et voici l'ère des grues gigantesques. Il y a eu plusieurs explosions démographiques humaines. Il y a 3 millions d'années, divergence entre les humains et les primates grâce à la main. Il y a 10 000 d'années, début de l'agriculture, 10 millions d'humains sur la Terre. 1500 avant notre ère, âge du bronze puis du fer, 300 millions. Enfin 1800, âge industriel, 1° milliard d'humains jusqu'au 6,7 milliards d'aujourd'hui. Tout cela pour dire que notre technologie et nos besoins sont suffisamment importants pour que viennent l'époque des robots bien plus sophistiqués que ceux qui existent aujourd'hui dans divers secteurs de l'industrie. Il n'empêche. Le robot n'est qu'un outil sauf si nous parvenons à le cloner ... Alors ce sera un humain... On n'en sort pas. Propos recueillis par Catherine Vincent Article paru dans l'édition du 16.10.10.